jeudi 21 octobre 2010

Wyatt, Atzmon & Stephen - For The Ghosts Within

Robert Wyatt est devenu au cours des années une petite légende dans le monde de la musique. Le site de la BBC le qualifie par exemple de « trésor national bien aimé (!) ». Il nous avait laissé sur deux albums très jazzy (Cuckooland et Comicopéra) et surtout très réussis. C'est dans cette veine qu'on le retrouve pour une nouvelle livraison, seulement trois ans après le précédent (un exploit pour Wyatt, qui a habitué son public à de longues années d'attente entre chaque album).

Cuckooland était déjà un album « collaboratif », dans lequel Wyatt avait laissé en quelque sorte la place aux jeunes pour les compositions. Ce choix est clairement assumé ici, puisque For The Ghosts Within est présenté comme une collaboration entre trois artistes. Le vénérable musicien s'est associé au sulfureux saxophoniste Gilad Atzmon, ainsi qu'au violoniste Ros Stephen. A l'écoute du résultat, c'est pourtant bien un album de Robert Wyatt auquel on a droit (on admettra une petite touche orientale un peu plus marquée).

De part leurs cultures politique et musicale, trouver ensemble Robert Wyatt et Gilad Atzmon sur le même album n'est pas une grande surprise (ils ont d'ailleurs déjà collaboré avec succès sur l'album Cuckooland). Connaissant l'anti-colonialisme de Wyatt et l'anti-sionisme radical de Atzmon, on aurait pu s'attendre à une charge violente, des textes engagés : il n'en est rien. L'album se compose pour l'essentiel de reprises de standards du jazz (What a wonderful world, Round Midnight, …), et de réinterprétations de morceaux de Wyatt (Maryan, …).

L'album est donc radicalement tourné vers le passé. Nostalgique, Wyatt ? Sans aucun doute. C'était déjà évident sur les deux albums précédents (on se souvient en particulier du morceau Old Europe, déjà en duo avec Atzmon). Il ne faut pas oublier pour autant qu'il s'agit ici d'un véritable travail de recréation : les trois compères arrivent à « Wyattiser » tous ces morceaux de manière moderne, et sans hommage excessif. On leur pardonnera juste la petite faute de goût de Where are they now?, où les beats techno et le phrasé rap tombent complètement à plat.

Le ton général de l'album n'est pas à la fête : les influences tirées du folklore juif ajoutent leur dose de tristesse à la musique de Wyatt qui ne respire déjà pas la joie de vivre en temps normal. L'exemple le plus parlant est la dernière chanson, une reprise de What a wonderful world, un des standards du jazz les plus joyeux et optimistes, que Wyatt réussit à transformer en une plainte nostalgique. On a du mal à ignorer ici le second degré : quel « monde merveilleux » en effet, qui donne envie de se tourner vers le passé dans cet album, ou vers un ailleurs sans doute meilleur dans la troisième partie du précédent opus Comicopéra.

L'album possède ses moments de grâce. Ils surviennent en général quand apparaît la voix de Wyatt. De plus en plus fragile, de plus en plus émouvante, elle suffit à illuminer l'album par sa présence. Paradoxalement, le morceau le plus réussi est celui où Wyatt se fait remplacer au chant par Tali Atzmon. Ce titre, qui donne son nom à l'album, est en fait la seule création originale du lot, et c'est là qu'on attend Wyatt en priorité : tourné vers la création et le futur, plutôt que vers le passé.

For the Ghost Within se situe à part dans la discographie de Robert Wyatt, un peu comme son album de reprises de 1982, Nothing can stop us. Il n'en reste pas moins un bel album, qui donne envie de suivre encore ce « trésor national » dans de nouvelles aventures musicales.

4 commentaires:

Skerik a dit…

C'est la réouverture des portes?

FC a dit…

C'est en attendant de trouver un site collaboratif.

Un album de Wyatt, j'ai pas pu m'empêcher !

home security monitoring a dit…
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iqbalbala a dit…
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